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Editos

Les éditos n’engagent que leur rédacteur et non la fédération IESF nationale ou l’association régionale.


photo-dr-kctzyvaz_400x400 Didier Ramage, Président IESF Basse Normandie

Edito du 02/06/2017 « Ingénieur(e)s : ni super héros, ni bonne à tout faire »

Emporté(e)s par leur enthousiasme, leur envie de montrer leurs compétences, leurs aptitudes, leur bonne volonté, leur sens de la discipline et de la conscience professionnelle, certain(e) ingénieur(e)s se retrouvent dans des situations qui ne sont pas forcément pertinentes et efficaces.

Ces situations sont d’autant plus un danger que les ingénieur(e)s soient géré(e)s par des personnes ayant plutôt des profils de (médiocres) gestionnaires que des profils « métier ».

  • Présumant souvent à juste titre que les ingénieur(e)s sont compétent(e)s et efficaces, alors ils/elles vont être capables d’accomplir des miracles, dignes de super héros. Avec une époque biberonnée au storytelling, l’anecdote « trouvée sur Internet » fera foi. Et puis, c’est aussi un « challenge » (prononcé à l’anglaise bien sûr J). En fait la porte ouverte à l’absence de moyens, à l’irréalisme des plannings, la surestimation des objectifs.
  • Doté(e)s du désir d’être constructif/ve, les ingénieur(e)s auront parfois parmi leurs activités la réalisation de tâches en dessous de leur niveau de compétence, par économie de moyens et parce que de toute façon ils/elles « seront bien capables de faire ». En principe, la comptabilité analytique devrait mettre en évidence cette inefficacité d’allocation de moyens, mais il est peu probable que l’entreprise qui la pratique s’y intéresse. De plus, jouer la parfaite secrétaire (ou autre) n’est pas particulièrement épanouissant et l’aspect de démotivation finira bien par rentrer en ligne de compte – encore une fois, pour autant que cet aspect intéresse l’entreprise ( ?). C’est aussi du temps perdu pour se former, s’informer ou simplement se détendre et imaginer des innovations.

Savoir éviter ces deux écueils sera finalement profitable au long terme à l’entreprise et à l’ingénieur(e).


photo-dr-kctzyvaz_400x400  Didier Ramage, Président IESF Basse Normandie

Edito du 05/12/2016 « J’aime le numérique, et moins le digital »

On sait bien que le terme anglo-saxon « digital » est la traduction de « numérique » en français. Une  différence de terme qui concrétise aussi que le numérique n’est pas l’apanage des Etats-Unis, à l’image du terme « ordinateur » qui résiste face à « computer », et « informatique » face à « computer science ».

Je trouve que le terme « numérique » s’efface de plus en plus dans les médias français. Cela m’évoque trois réactions :

  • un agacement face à cette manière d’oublier l’existence de la France dans le domaine du numérique, voire son avance technologique,
  • un autre agacement face à l’obédience des personnes qui se précipitent sur le terme américain et abandonnent le terme français. Personnellement, j’utilise le terme digital quand je m’exprime en anglais, dans un contexte international anglo-saxon
  • un amusement sur les contresens potentiellement occasionnés

J’ai eu au moins deux fois l’occasion de constater ces derniers.

Par exemple, pour quelqu’un qui parle et écrit un français correct, qu’attend-t’on d’un inventaire des « usages digitaux » ? A priori, la question consiste à lister ce qu’on peut faire de ses doigts, non ? En matière de contresens, belle porte ouverte à l’imagination…

Deuxième exemple : avec l’essor à la fois ancien et néanmoins continu des technologies numériques, les cabinets de conseil sont amenées à réaliser un état des lieux du numérique en entreprise, et de l’impact de ces dernières sur leur environnement économique et social. Pour résumer cette étude, on parle « d’empreinte ». Vous le voyez peut-être venir : parle-t’on « d’empreinte digitale » ? Et là, non, le ridicule n’a tout de même pas été poussé à ce point, grand retour du terme français : c’est « l’empreinte numérique de l’entreprise ». Ouf de soulagement…


photo-dr-kctzyvaz_400x400 Didier Ramage, Président IESF Basse Normandie

Edito du 21/09/2016 « Les Hibernatus du numérique »

« Hibernatus » : classique parmi les nombreux classiques du grand (en talent) Louis de Funès. C’est bien sûr le film dans lequel un personnage sort d’une longue léthargie liée à son emprisonnement dans les glaces. Pendant une bonne partie du film, afin de ménager sa santé, sa famille lui cache la vérité, à savoir que des dizaines d’années se sont écoulées. Enfin, une scène fameuse est celle de la révélation : le personnage hiberné découvre avec ébahissement sur le téléviseur familial la quantité stupéfiante d’avènements scientifiques et technologiques depuis son accident.

J’ai l’impression de vivre aujourd’hui face avec des Hibernatus du numérique.

Comment tous ces consultants en marketing, journalistes, commentateurs divers et j’en passe… peuvent-ils parler de « révolution numérique » et ce faisant comment ont-ils pu faire pour ignorer tout ce qui a été développé dans le domaine du numérique depuis les années 80 (au moins) ?

A entendre certains, l’informatique serait presque née l’année dernière (il suffit de changer de termes). On serait dans la « révolution numérique ».

« Révolution », si l’on veut. Pour celui qui a hiberné depuis 30 ans et a fermé ses yeux et oreilles pendant tout ce temps, et qui découvre ébahi les drones, le big data, l’intelligence artificielle, le cloud, le haut débit ou que sais-je encore – la liste des sujets ignorés n’aurait pas de fin.

Pour ceux comme moi qui sont dans le numérique depuis les années 80, on ne fait qu’assister à une évolution technologique plutôt lente, liée à une adoption sociale erratique, sont parfois nulle, parfois remise à plus tard, parfois extrêmement rapide. Dans le domaine des entreprises aussi, en ce qui concerne l’équipement numérique, certaines font de l’hibernation, jusqu’au moment où il faut bien finir par ouvrir les yeux (et la « transformation numérique des entreprises », pour certaines, peut devenir un vrai sujet).

Je ne vois pas nécessairement tant de révolution numérique que cela. Quitte à casser les mythes, les drones sont l’évolution des modèles télécommandés, le cloud est l’évolution du très classique modèle client/serveur (dont les consoles basiques en entreprise et le Minitel pour le public étaient les dignes représentants), que Twitter vient du SMS qui lui-même vient des pagers (les petits bip-bips qu’on donnait aux médecins…), que la vente par correspondance existait avant le e-commerce (tellement bien que certains ont mal bougé de cap – des Hibernatus aussi), qu’avant le Raspberry PI il y avait les kits à micro-contrôleurs, qu’avant l’Internet Of Things il y avait le M2M, que le sans-contact est une technologie quasi-préhistorique, etc.

Sous couvert de passer pour intelligents, ceux qui dissertent sur la « révolution numérique », sur la « disruption », « les changements de paradigmes » prennent surtout le risque de passer pour des ignorants et des précieux ridicules, pour paraphraser Molière. Des Hibernatus incapables de comprendre l’intérêt de ce qui se passait sous leurs yeux quelques temps avant.

Ils rejoignent la part de la population française qui veut garder ses yeux et ses oreilles fermées à ce qui se passent devant eux – notamment dans les startups et laboratoires français.

Alors bien sûr, au lieu de vendre des chaussures en magasin, on les vend sur un site Internet… C’est sans doute pour certains la révolution numérique…


photo-dr-kctzyvaz_400x400 Didier Ramage, Président IESF Basse-Normandie

Edito du 15 Septembre 2016 : « L’illusion de diversité dans les gouvernements français »

La fédération IESF rappelle régulièrement le peu de représentants ingénieurs et scientifiques au sein des gouvernements français.

En cherchant selon les mots-clés « diplômes membres gouvernement », on trouve un article de 2014 (un peu daté) qui fait le point sur la composition du gouvernement Valls :

http://www.e-orientations.com/actualites/les-diplomes-des-ministres-du-gouvernement-valls-14744

Que constate-t’on ?

1er constat : un ratio de 1,35% de représentation des Grandes Ecoles françaises ! 

En effet, seulement 3 Grandes Ecoles représentées (ENA, ENS, Sciences Po) alors que la conférence des Grandes Ecoles en compte 222 : http://www.cge.asso.fr/nos-membres/ecoles/liste-des-ecoles

Il est possible que le décompte ne soit pas exact, mais disons que l’ordre de grandeur est vraisemblablement celui-là.

Au passage, c’est l’occasion de répéter qu’avec 222 Grandes Ecoles en France il est hors de question d’évoquer un sectarisme des Grandes Ecoles, et plutôt se féliciter de leur grand nombre, de leur diversité géographique, de leur diversité de secteurs d’activité et de la diversité de leur mode de recrutement.

En dehors de ces 3 écoles, les diplômes de membres du gouvernement français sont principalement des diplômes universitaires de droit.

2ème constat : aucun ingénieur et scientifique !

Alors même que la France compte environ 1 million d’ingénieurs et scientifiques en France, eux-mêmes représentant une part importante des cadres supérieurs.

Les cadres supérieurs en France, si l’on prend arbitrairement cette population comme susceptible de servir de vivier de référence à un gouvernement, n’est elle-même pas toujours issues des 222 Grandes Ecoles.

Au bilan, la parodie de diversité au niveau gouvernemental (peu importe le parti) consiste certes à choisir parmi des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des blancs, des noirs, des maghrébins, etc. (pourquoi pas d’ailleurs, aucun souci) mais en tout cas de piocher dans 4 cases – c’est là que le bât blesse. Difficile de croire à la diversité !

Sans tomber dans la caricature, il n’est pas surprenant que les gouvernements montrent des défauts notoires à comprendre les sciences et technologies, les entreprises, l’innovation, même l’international. Voire une certaine phobie.

Et que leur domaine de prédilection soit principalement la rhétorique, et la prédilection à enfler encore et plus la volumétrie des textes de lois en France.

Difficile aussi que les électeurs se sentent représentés.

En ce qui me concerne, peu m’importe le sexe, l’âge ou la couleur de peau d’un/d’une ministre mais j’aimerais voir des gens plus au fait des domaines cités plus haut…

Enfin, contrairement à certains commentateurs, je ne crois pas qu’il y ait « une crise des élites » : un taux de 1,35% montre qu’il n’est pas question que les membres gouvernementaux soient représentatifs de l’élite française. Pour autant que le passage par une Grande Ecole en soit le critère essentiel, ce qui fera peut-être l’objet d’un autre édito.


photo-dr-kctzyvaz_400x400   Didier Ramage, Président IESF Basse-Normandie

Edito du 7 Septembre 2016 « Le test de la rentrée: Pouvez-vous créer une startup ? »

Ingénieurs, scientifiques et les autres : petit test pour savoir si vous allez pouvoir créer une start-up innovante dans un pays imaginaire – forcément pas la France(*)

Vous aimez :

  • remplir des dossiers à n’en plus finir ? Les refaire pour autant d’interlocuteurs différents ? Savoir qu’ils seront à peine lus ? Voire pas lus du tout ?
  • ne rien comprendre à tout ce qui est demandé en termes juridiques et comptables ? Tant mieux c’est du pain béni pour les consultants et les institutionnels qui, eux, sont payés.
  • faire le gugusse devant d’autres personnes dont certaines feront les gugusses pour vous, avec lesquels vous sympathiserez mais en tout cas à peu près personne pour financer votre projet. Vous aimez faire de la comm, du buzz autour des start-ups, et manger des petits fours.
  • recevoir des conseils de quelqu’un qui n’a jamais lancé d’entreprise innovante, voire d’entreprise tout court, voire jamais travaillé en entreprise ?
  • expliquer votre projet à des gens qui en savent moins que vous ?
  • expliquer votre projet à des gens qui vous dirigeront vers d’autres personnes à qui présenter votre projet et ainsi de suite ? Parce que vous aimez les démarches administratives et que vous pensez que développer votre entreprise n’est pas une priorité ?
  • dépenser votre temps voire votre argent face à un interlocuteur qui, lui, est salarié ?
  • apprendre que vous n’aurez pas les moyens nécessaires mais que beaucoup d’argent sera dépensé ailleurs, là où vous n’êtes pas concerné ?
  • apprendre aussi que les institutions ont été réorganisées mais que finalement rien ne change (jusqu’à la prochaine réorganisation qui ne changera rien non plus ?)
  • savoir d’avance que les investisseurs privés recherchent des boîtes qui tournent déjà et surtout pas de start-ups ?
  • qu’on vous propose d’aller voir ailleurs ? Changer de région ou de pays ? par exemple de déménager aux Etats-Unis puis de revenir quand vous aurez eu du succès ? (pour remercier peut-être) Ou de déménager dans une autre région parce que votre idée est excellente mais qu’elle ne correspond pas aux objectifs du pôle régional ?
  • savoir que si vous ne vous en sortez pas, c’est entièrement votre faute ?
  • allez chercher des partenaires publics et privés qui vous ne serviront pas forcément pas, mais vous aurez le plaisir d’y passer une bonne partie de votre temps pour faire des rencontres sympathiques. Le but étant de remplir des dossiers à plusieurs pour faire de la masse auprès des institutionnels – peu importe vos idées.
  • comprendre que le système de financement n’est absolument pas au point, mais que grâce à tous les échecs accumulés des start-ups, il le sera peut-être d’ici… 10 ou 20 ans ?

Voilà, si à tout cela vous répondez par un oui franc et massif, vous être mûrs pour innover dans ce pays imaginaire.

(*) La France est un pays de startups, fait partie des toutes premières puissances mondiales, avec un niveau d’investissement redoutable, une vraie culture de l’entrepreneuriat et des atouts immenses donc il est totalement impossible que cela se passe en France.

Et la France est aussi le pays des « Lettres persanes » de Montesquieu…

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